Guillaume MAZE
Thierry HUCK
Laboratoire de Physique des Océans
SUJET DU STAGE:
La variabilité du climat de l'Atlantique Nord est associée à
des variations de l'étendue de la glace de mer dans les hautes
latitudes. Néanmoins les relations de cause à effet ne sont pas
très claires bien que les changements de circulation
atmosphériques semblent précéder de quelques mois les
déplacements de glace (Deser et Blackmon 1993). La glace de mer
joue un rôle important dans les interactions air-mer en
réduisant à néant les flux de chaleur entre l'océan et
l'atmosphère qui dépassent facilement les 100 W
dans
ces régions en l'absence de glace. C'est un élément
interactif majeur du climat qui joue un rôle essentiel à
toutes les échelles de temps, en gardant la mémoire du
système d'une année à l'autre.
La dynamique de la glace (influence du vent et des courants marins,
rhéologie) est néanmoins suffisament complexe pour qu'elle reste
un problème majeur dans la plupart des modèles les plus
réalistes.
À l'aide de modèles thermodynamiques simplifiés de glace, plusieurs auteurs ont mis en évidence des oscillations dues aux interactions océan - glace de mer (Zhang et al. 1995, Yang et Neelin 1997) et leur mécanisme parait bien compris (Welander 1977). Les interactions avec l'atmosphère dans ces modèles ne sont toutefois pas très satisfaisantes d'un point de vue de conservation de l'énergie. Dans la plupart des problèmes climatiques, il est nécessaire de satisfaire les bilans radiatifs au sommet de l'atmosphère et un des modèles les plus simples respectant cet équilibre est utilisé depuis longtemps pour étudier la réponse du climat à des changements d'insolation par exemple (``Energie Balance Model''). L'objectif est donc ici de prendre en compte la formation de la glace de mer dans un modèle couplé océan - atmosphère simplifié en équilibre énergétique et d'étudier son influence sur la stabilité et la variabilité du système.
La nécessité de coupler un modèle thermodynamique de glace à un modèle de circulation océanique dont au moins une zone recouvre les latitudes polaires est évidente. La présence ou non de glace à la surface de l'océan joue un rôle majeur dans les quantités de chaleur échangées à l'interface océan-atmosphère (la glace est quasiment un isolant thermique) et donc dans la détermination de la température océanique de surface (dont le rôle de conditions aux limites dans énormément de modèles est primordiale). Cette influence se retrouve également dans la salinité car la glace de mer joue un rôle de source (formation de glace) ou de puit (fonte de glace) de sel pour l'océan de surface. Cette influence de la glace de mer sur la température et la salinité et donc surtout sur la densité des eaux superficielles constitue l'un des moteurs de la circulation océanique. Tous les phénomènes s'y rapportant ont donc un rôle à jouer dans la compréhension globale du système.
Or les modèles (2D, 3D ou en boîtes) de circulation océanique, qu'ils soient couplés ou non à l'atmosphère, présentent une complexité de plus en plus croissante. Ce degré de perfectionnement, qui tend à reproduire de plus en plus fidèlement les phénomènes naturels, engendre parallèlement une certaine difficulté d'identification précise des processus physiques mis en cause. C'est pourquoi reconnaître des phénomènes simples établis après diverses hypothèses simplificatrices (mais souvent reproduits en laboratoire), au milieu de modèles toujours plus complets (les phénomènes physico-chimiques commencent même à y faire leur entrée) n'est pas très aisé. L'intérêt d'une telle démarche peut être de déterminer si des phénomènes qui apparaissent dans des hypothèses physiques relativement simples, se maintiennent dans un milieu plus réaliste et dans quelles mesures les divers paramètres naturels l'influencent.
Divers régimes d'oscillation de la circulation thermohaline (THC) et de l'étendue de la glace de mer, recouvrant une gamme de période très large (de quelques dizaines d'années à plusieurs millénaires) ont été découverts et très bien étudiés. Toutefois ce n'est pas le cas pour les oscillations décennales thermiques d'un fluide réchauffé par le bas et refroidi par le haut découvertes par Welander et exposées en 1977 dans la revue Dynamics of Atmospheres and Oceans.
Welander montre qu'un modèle simple thermodynamique glace-océan-atmosphère posséde trois états d'équilibres:
Dans ce modèle binaire (présence ou non de glace sur la colonne de fluide) le regime oscillatoire peut s'expliquer comme suit: l'atmosphère refroidi l'océan jusqu'à sa température de congélation, il y a alors formation de glace. La faible conductivité thermique de celle-ci isole bientôt complétement l'océan de l'atmosphère et arrive un stade où l'océan réchauffe plus la glace que l'atmosphère ne la refroidit et permet son extension (dans ce cas uniquement en épaisseur et pas en surface). La glace commence alors à fondre et quand elle a complètement disparue, l'atmosphère reprend à refroidir l'océan jusqu'à sa température de congélation et la reprise de la formation de glace.
Les états ice-covered et ice-free ne nous intéressent pas ici. Nous allons par contre tenter d'analyser dans quelles mesures le régime d'oscillations auto-entretenues (d'une période de l'ordre de 5 à 10 ans) peut être retrouvé et maintenu dans un modéle thermodynamique plus complet (Bjornsson 2000). Nous l'appliquerons ensuite à un modèle en boîte simple océan-atmosphère et équatorial-pôlaire pour étudier les éventuelles oscillations.
On considère une colonne verticale de surface unité composée
de haut en bas: d'eau de mer sur une hauteur
, éventuellement de
glace d'épaisseur h (
) et d'air sur une hauteur
.
Les hypothèses formulées par Welander sont:
Il est clair que de considérer la température atmosphérique
comme fixe constitue un cas particulier dont il est indispensable
de sortir pour émettre une quelconque hypothèse sur la
réalité. Et même lorsque
ne sera pas constante, les modèles trop
simples utilisés dans cette étude ne permettront toujours pas
de donner des informations plausibles sur le monde
réel. L'objectif ici est de discuter de la stabilité et de la
variabilité de la THC à travers des modèles simples en
équilibre thermodynamique où sont
facilement identifiables l'influence de termes dont la
signification physique est claire.
Les flux de chaleur océan-atmosphère
(W
),
glace-atmosphère
(W
) et océan-glace
(W
) ont donc pour expression (EBM0 considère que
l'océan en contact direct avec la glace est à la température
de fusion
):
avec
et
,
et
les coefficients d'échange
thermodynamique respectivement aux interfaces
océan-atmosphère, océan-glace et
glace-atmosphère. Nous discuterrons plus loin de leur valeur.
D'autre part l'EBM0 suppose que si la chaleur perdue à la surface de la glace est
supérieure à celle gagnée à sa base, le déficit est
employé à la formation de
glace; la variation de h dépend donc directement de la
différence entre les flux entrant et sortant
et
comme (conservation de la masse):
![]() |
(2.2) |
Avec
la chaleur latente de fusion de la
glace et
sa masse volumique.
L'EBM0 suppose également que la glace est en équilibre
thermodynamique et que la diffusion de la chaleur à travers elle est
linéaire. Le flux de chaleur
à sa surface s'ecrit donc
aussi:
![]() |
|||
![]() |
|||
![]() |
D'où:
| (2.3) |
avec
la conductivité thermique de la
glace. On peut également exprimer
en fonction de
en
introduisant
de (3) :
| (2.4) |
Le bilan océanique de flux de chaleur s'écrit finalement:
On note
(
) la capacité calorifique de la colonne d'eau de
surface unité et on la considère comme constante. En effet les
variations de la masse volumique de l'eau de mer sont faibles pour
les plages de températures envisagées ici.
Les expressions de tous les flux et du bilan océanique forment donc le système d'équations suivants:
![]() |
![]() |
(2.5) | |
![]() |
![]() |
(2.6) | |
![]() |
(2.7) |
![]() |
![]() |
(2.8) | |
![]() |
(2.9) |
Nous n'allons pas refaire ici l'analyse complète d'un tel modèle, nous invitons pour cela le lecteur à consulter directement l'article de Welander. Nous rappelerons juste que le système possède 0, 1 ou 2 états d'équilibres: un équilibre ice-cover stable et un équilibre ice-free instable aux faibles perturbations.
Une bonne représentation du système peut se faire dans le plan
(
,h) où l'on peut placer les deux points
représentants les équilibres ice-cover (
) et ice-free (
).
Lorsque les paramètres imposés au système empêchent celui-ci
d'atteindre l'un ou l'autre des états d'équilibres, le système
oscille dans des états intermédiaires. Il s'agit du cas où les
deux points
et
sont en dehors du cadrant physique (
et
) du plan (
,h) et c'est le cas qui nous
intéresse ici. En effet, on peut se demander si de telles
oscillations sont uniquement dues à la configuration du système
où si on peut les retrouver dans un système thermodynamique plus
réaliste. Pour l'instant, cherchons à caractériser le regime
où l'on obtient des oscillations.
Le système se met donc à osciller lorsqu'il ne peut atteindre
les états d'équilibre, c'est à dire lorsque les cas
impossibles physiquement:
dans le
cas sans glace (SG) et
dans le cas avec glace (AG) sont
vérifiés.
A l'équilibre le bilan océanique
est nul
(dérivées temporelles nulles), donc de l'équation (10) on
sort:
| (2.10) |
![]() |
(2.11) |
D'où l'expression des deux critères à verifier pour obtenir des oscillations:
Dans le plan (
,
) il est donc possible
d'établir une zone dans laquelle le système donnera des
oscillations. Nous avons mené une exploration numérique du modèle afin
de le vérifier, les résultats sont présentés sur la figure 1.
Le maillage de tous les ``runs'' effectués n'est pas très fin
mais suffit à mettre en évidence que les critéres sont
bons. Notons que les oscillations ne sont possibles que dans le
plan
. En effet, dans le cas (AG) l'équilibre n'est pas atteint si
; or d'après l'équation (7) à l'équilibre cela reviens à dire que
doit être positif.
Notons également l'importance des coefficients d'échanges
thermodynamique
et
. En effet, si à termes
et
sont amenés à disparaître de la liste des
constantes (
dès la prochaine étape et
dans le
modèle en boîte), les coefficients d'échanges sont des
paramètres physiques constants. Leur détermination est
difficile c'est pourquoi nous utiliserons ici les valeurs les plus
répandues dans la littérature.
Dans un régime d'oscillations, le bilan de flux de chaleurs
n'arrive jamais à s'équilibrer. Pour indication, au point
(
,
) de la figure 1, les valeurs
moyennes des flux sont:
,
et
.
|
Afin de se rapprocher des conditions réelles, on utilise pour
déterminer
la formulation (Toggweiler et al. 1998):
où
est la constante solaire et
la latitude.
En fait, notre
représente le flux entrant dans l'atmosphère, il faut
donc prendre en compte l'albédo au sommet de l'atmosphère
. Thierry Huck dans la formulation d'un EBM pour coupler
au modèle MOM3 (Huck 2001) propose la formulation:
. L'expression
définitive de notre
est donc:
D'autre part, on doit prendre en compte l'émission dans les ondes
longues de l'atmosphère vers l'espace. Ce nouveau flux de chaleur
est de la forme
avec
la constante de
Stefan-Boltzman et
l'émissivité
planétaire. Afin de faciliter l'étude du système, ce terme
est linéarisé en:
avec
. Pour des facilités de notation avec les
considérations qui surviendront dans les prochains paragraphes,
on pose
et
. D'où:
.
Finalement, le bilan de flux de chaleur atmosphèrique
s'écrit:
Les expressions de tous les flux et des bilans océaniques et
atmosphèrique forment donc le nouveau système d'équations
(à une inconnue suplémentaire
):
![]() |
![]() |
(2.12) | |
![]() |
![]() |
(2.13) | |
![]() |
![]() |
(2.14) | |
![]() |
(2.15) |
![]() |
![]() |
(2.16) | |
![]() |
![]() |
(2.17) | |
![]() |
(2.18) |
L'équation (17) est indépendante du reste du système, on peut
donc déterminer la température océanique d'équilibre dans le
cas (AG):
Pour déterminer la nouvelle formulation des critères pour obtenir
des oscillations entre les deux états d'équilibres, il faut dans
chaque cas calculer
puis
(SG) ou
(AG):
| (2.19) |
| (2.20) |
La difference de ces 2 équations donne:
| (2.21) |
La température atmosphérique d'équilibre ne dépend donc pas de la présence ou non de glace à la surface océanique. Elle dépend uniquement des flux entre la totalité de la colonne et l'extérieur.
L'expression des deux critères (SG:
et AG:
) à verifier est donc:
![]() |
(2.22) | ||
![]() |
(2.23) |
De la même manière qu'avec l'EBM0, nous avons exploré
numériquement ce modèle pour vérifier les critères
d'oscillations (figure 2).
Comme nous supposons que la
colonne de fluide est située dans les hautes latitudes, les flux
de chaleurs
et
doivent être positifs pour
signifier un apport de chaleur et donc un réchauffement de la
colonne par les eaux et l'atmosphère adjacentes.
Nous avons donc ``zoomé''dans la figure 2 pour
explorer le plan
,
(figure 3).
L'exploration numérique confirme bien la véracité des
critères (26) et (27).
Il peut être intéressant de regarder comment évolue la
période dans la zone des oscillations en fixant soit
soit
. On se place donc dans une petite zone et on relève la
période des oscillations (figure 4).
On trace ensuite la période
en fonction de
pour
(figure 5).
Le caractère non linéaire des oscillations apparaît clairement:
de manière non symétrique, plus on s'éloigne des limites au
delà desquelles on a équilibre, plus la période est courte.
Le profil de la période se fait de la même manière suivant
que l'on soit à
fixé ou
fixé.
Comparer les oscillations de l'EBM1 avec celles de l'EBM0 n'est pas
évident puisqu'un changement fondamental s'est opéré de l'un
à l'autre (
varie) et que l'on n'exprime plus les critères
d'oscillations dans le même plan. Toutefois si on regarde pour le
même forçage
, EBM0 donne des oscillations
de période environ 5.5 ans pour
compris entre
et
et EBM1 donne des oscillations de période environ 50
ans pour
compris entre
et
où la
température atmosphèrique moyenne est
. On constate que
est
situé au milieu de la plage d'oscillations de EBM0, on peut donc
supposer que l'on a approximativement les mêmes forçages dans
les deux modèles ce qui permet une comparaison.
La différence la plus
frappante est dans l'augmentation de la période qui est presque
multipliée par un facteur 10. Rendre la température
atmosphèrique réactive à celle de l'océan ou de la glace engendre une forte
inertie dans les oscillations. Dans les différentes phases
(augmentation puis diminution de
) la réaction de
l'atmosphère à la température de surface du sol (glace ou
océan) ralentie le cheminement vers l'équilibre impossible. Le
forçage constant de EBM0 ne présente pas cette inertie donc la
période est plus courte.
En supposant donc que l'on se situe dans des forçages plus ou
moins identiques dans les deux modèles, on peut tenter de comparer
les oscillations de manière adimensionnelle. Sur la figure 6 on a
représenté l'évolution de la température océanique durant une période pour les
deux modèles. La phase d'augmentation de
(du point A aux
points B et C: qui correspond
à la présence de glace sur la colonne) est plus rapide dans
l'EBM1 que l'EBM0 et inversement, la phase de diminution de
(des points B et C à D: absence de glace) est plus rapide dans
l'EBM0 que l'EBM1, ces vitesse étant relative à une
période. Cela signifie qu'avec les mêmes paramètres physiques,
l'interactivité de la température
atmosphèrique a le même effet virtuel qu'une diminution du coefficient
d'échange thermodynamique ocean-atmosphère
. En effet
en diminuant celui-ci on rend plus difficile les échanges et donc
on augmente les temps de transition entre chaque états du
système. Pour confirmer cela nous avons tracé la courbe obtenue
avec l'EBM0 en augmentant
(courbe en tiret-point). Augmenter
les échanges océan-atmosphère, diminue le temps relatif sur une
oscillation où
diminue parce que l'océan est directement
refroidie par l'atmosphère. Pour retrouver des périodes d'oscillations du même ordre de
grandeur (5 à 15 ans) entre EBM1 et EBM0, il faudrait donc
augmenter
.
Pour illustrer le fait que les oscillations sont obtenues lorsque le
système ne peut atteindre aucun état d'équilibre, nous avons
tracé sur la figure 7 l'évolution du bilan radiatif océanique
en fonction du temps. Les artefacts situés à environ
15 et 65 ans sont dues à la transition discontinue entre chaques
modes (ice-free et ice-cover). S'il éxistait un équilibre
quelconque, une fois celui-ci atteint le bilan deviendrait nul mais ce
n'est pas le cas lors des oscillations.
Du point A au point B, le bilan est négatif et il n'y a pas de
glace ce qui signifie que l'océan se refroidit et qu'il tente
d'atteindre un équilibre ice-free (
augmente vers zero).
Mais il atteint la température de congélation avant la température d'équilibre
supposée, il se forme donc de la glace et le bilan devient aussitôt
positif (on rappelle que le modèle est binaire). Alors l'océan
se réchauffe (du point C au point D) vers une nouvelle
température d'équilibre (
diminue vers zero) mais la
glace disparaît entièrement avant et le bilan devient
négatif. En excluant les équilibres ice-free et
ice-cover de la réalité physique on fait osciller le système
d'un état à l'autre indéfiniment.
Enfin, Welander a montré que l'équilibre ice-cover est
stable et l'équilibre ice-free instable (l'ajout momentané d'une
petite quantité de glace perturbe le système ice-free) ce qui
suppose une dépendance de l'état final avec les conditions
initiales. Qu'en est-il dans un régime oscillatoire ? Nous avons
tracé dans le plan (
,h) ce que donnait l'EBM1 pour des forçages identiques mais des conditions initiales différentes (figure
8). Chaque cycle obtenue se superpose parfaitement aux autres, le
régime oscillatoire est donc complètement indépendant des conditions initiales.
Maintenant que l'atmosphère réagit au reste de la colonne de fluide, il convient de prendre en compte les réflexions et absorptions des ondes courtes afin d'établir un bilan énergétique plus satisfaisant.
Si
est le rayonnement solaire incident entrant au sommet de la colonne, alors
est la partie qui atteind effectivement le sol après absorption par l'atmosphère (
: coefficient d'absorption de l'atmosphère).
On ne prend pas en compte les multiples réflexions entre le sol et l'atmosphère, on suppose simplement que le flux
entre dans l'atmosphère, se réfléchie contre le sol et repart vers l'espace. Dans ces conditions les flux
d'ondes courtes absorbés par la glace et l'océan sont:
Ainsi, les bilans aux interfaces océan-atmosphère et glace-atmosphère changent mais pas le bilan à l'interface océan-glace. Avec l'expresion du nouveau bilan atmosphèrique, on obtient le nouveau système d'équations:
![]() |
![]() |
(2.24) | |
![]() |
![]() |
(2.25) | |
![]() |
![]() |
(2.26) | |
![]() |
(2.27) |
![]() |
![]() |
(2.28) | |
![]() |
![]() |
(2.29) | |
![]() |
(2.30) |
La résolution des deux systèmes donne pour les températures d'équilibre:
![]() |
(2.31) | ||
![]() |
(2.32) |
![]() |
|||
![]() |
(2.33) |
D'où les deux nouveaux critères d'oscillations:
![]() |
(2.34) | ||
![]() |
(2.35) |
Le changement par rapport à l'EBM1 se situe dans les coefficients de
où l'on voit
apparaître l'absorption de l'atmosphère et les albédos de l'océan et de la glace.
Nous avons exploré numériquement le modèle pour vérifier les critéres dans le plan
et
positifs. Les critères sont bien vérifiés mais une zone supplémentaire
d'oscillations apparaît (figure 9). Il semble que le deuxième critère correspondant à
l'équilibre avec glace soit plus faible que prévu. La délimitation de cette nouvelle zone
semble indiquer que le critère 2 est bon dans son coefficient directeur mais nécessite une
correction dans son ordonnée à l'origine.
Contrairement à l'EBM1, la température atmosphérique d'équilibre (dans le cas d'absence d'oscillations) dépend cette fois de la présence où non de glace à l'interface.
Dans les régimes d'équilibre, chaque variable vérifie une équation différentielle du deuxième ordre à coefficients constants et sans second membre. Il serait donc possible d'obtenir une formulation analytique de la période des oscillations en calculant le temps mis pour chaque régime transitoire pour atteindre la valeur critique qui fait changer le système d'équations (avec ou sans glace). Par exemple dans le cas sans glace, la température océanique vérifie l'équation:
On calcule ainsi le temps mis par
pour atteindre une température d'équilibre
:
Avec
la racine positive du polynôme caractéristique de l'équation différentielle
et en prenant
et
la température océanique au moment où la
glace avait disparu au précédant changement d'équations. Nous avons testé cette formule
et elle semble fonctionner correctement; elle donne en fait la semi-période
correspondant à la zone de diminution de
de la figure 6.
Toutefois, même s'il est possible (quoique bien plus difficile) d'obtenir une formulation de l'autre semi-période (correspondant au cas avec glace), l'expression finale ne serait aisément analysable du point de vue de l'influence des différents paramètres.
Nous avons ensuite voulu comparer l'EBM1 et l'EBM2 du point de vue des périodes
d'oscillations pour voir quel était l'effet des ondes courtes. Pour
nous avons donc relevé les périodes obtenues pour chaques modèles, les résultats sont
présentés sur la figure 10. Le caractère non linéaire de la période semble conservé à
l'identique. La différence vient d'une baisse sensible des valeurs de la
période. L'introduction de la température atmosphérique dans l'EBM1 avait introduit une
certaine inertie dans les oscillations (et ainsi avait augmenté les périodes) mais la
prise en compte explicite des réflexions-absorptions des ondes courtes paraît rediminuer
ces périodes. Les interactions d'ondes courtes favorisent les échanges aux interfaces et
accélèrent donc les oscillations.
Nous l'avons vu dans le paragraphe 2.2.1 nous modélisons les émissions d'ondes longues comme celles d'un corps noir suivant la loi de Stefan.
Aux interfaces, la glace et l'océan rayonnent (verticalement vers le haut) vers
l'atmosphère respectivement:
et
et l'atmosphère rayonne (verticalement vers le
bas):
. Les bilans radiatifs aux interfaces donnent
donc:
et
. Ce qui, avec les
notations déjà employées, s'écrit:
Avec
,
et
les émissivités de l'océan, de la glace et de l'atmosphère. L'émission de l'amosphère vers l'espace a déjà été prise en compte comme:
.
Les nouveaux bilans océanique et atmosphérique sont donc:
![]() |
![]() |
(2.36) | |
![]() |
![]() |
(2.37) | |
![]() |
![]() |
(2.38) | |
![]() |
(2.39) |
![]() |
![]() |
(2.40) | |
![]() |
![]() |
(2.41) | |
![]() |
(2.42) |
On calcule les critères d'oscillations comme précédemment et on obtient:
![]() |
|||
![]() |
|||
![]() |
|||
![]() |
(2.43) |
![]() |
|||
![]() |
|||
![]() |
|||
![]() |
(2.44) |
Nous avons biensûr vérifié ces critères et ils semblent être corrects. Toutefois la zone
où l'on obtient des oscillations (pour les forçages classiques:
,
) n'est pas située dans le plan
(
) habituel mais dans le plan (
) (figure 11). Un
transport atmosphérique de chaleur négatif signifie que la colonne d'air exporte de la
chaleur ce qui vient contredire l'hypothèse suivant laquelle la colonne est située dans
les hautes latitudes. La manière la plus simple pour ramener les oscillations dans le plan
(
) est d'abaisser la quantité
jusqu'à
. Cette valeur
est discutable mais l'objectif ici étant de faire une première approche de ces
oscillations sans atteindre un degré de réalisme extrème, nous l'accepterons.
Pour ce nouveau forçage les critères d'oscillations sont biensûr toujours vérifiés (figure
12). L'exploration numérique du modèle a montré que les oscillations avaient une période
beaucoup plus longue que celle des modèles précédents, de l'ordre de la centaine d'années
(97.63 ans pour
ce qui constitue presque un minimum
pour l'ensemble des oscillations). Ainsi, l'ajout des rayonnements basses fréquences
introduit dans les oscillations une très grande inertie.
Jusqu'ici nous avons considéré un modèle binaire, c'est à dire que la surface de l'océan était entièrement ou pas du tout recouverte de glace. Pour plus de réalisme nous avons introduit une fraction de glace qui permet à la surface de l'océan de n'être recouverte que partiellement. Nous nous sommes appuyé sur le modèle de Bjornsson (H.Bjornsson, Mars 2000) ce pourquoi nous ne donnerons ici que les résultats sans entrer dans le détails des calculs.
L'introduction de cette fraction permet de s'affranchir des distinctions entre les cas avec ou sans glace, nous n'avons plus qu'un seul jeu d'équations.
Les flux de chaleur aux interfaces et les émissions/absorption d'ondes longues/courtes sont inchangés:
Le changement intervient dans les bilans de flux:
![]() |
(2.45) | ||
![]() |
(2.46) | ||
![]() |
![]() |
(2.47) |
![]() |
![]() |
(2.48) |
Avec
la limite entre la glace fine et épaisse,
la
fonction de Heavyside qui est nulle si
(dans ce cas, toute la chaleur perdue
par l'océan va à former de la glace) et A la fraction de glace comprise entre 0 et 1.
La manipulation de ce système d'équations étant beaucoup moins facile que celle des précédents nous n'avons ici que sommairement exploré le modèle. Nous avons retrouvé des régimes d'oscillations avec tous les modèles et les résultats comparatifs entre modèles sont quasiment les mêmes. Toutefois nous avons observé des oscillations particulières avec l'EBM3. Il semble exister une zone où les oscillations interviennent dans l'état ice-cover sans le quitter. Le système oscille mais n'atteind jamais l'état sans glace (voir figure 13). Le régime semble dépendre des conditions initiales, du moins pour la partie transitoire avant établissement du régime stable d'oscillations.
Nous avons cherché numériquement à résoudre le système tout en introduisant des marqueurs
dans les équations pour étudier l'influence des paramètres (voir annexe). Il apparaît bien
une zone où les valeurs propres sont positives mais les résultats ne sont pas
satisfaisants et ce types d'oscillations mériteraient une étude plus approfondie que nous
n'avons pas eu le temps de faire ici. Notre première approche analytique nous a toutefois
permis de superposer les résultats théoriques à ceux expérimentaux du modèle. Dans le plan
(
) nous avons tracé les oscillations du modèle et celles obtenues après calcul par
la méthode des perturbations (figure 14) et la concordance semble prometteuse pour une
étude plus pousser en introduisant la non-linéarité des équations.
|
Nous avons obtenu des oscillations avec tous les modèles, que ce soit en mode binaire ou à fraction de glace. Mais jusqu'ici nous ne considérions qu'une colonne de fluide sans réelles interactions avec son environnement immédiat. Nous avons donc voulu tester nos équations dans le cas d'un modèle en boîte simple.
Nous considérons 4 boîtes: 2 représentants le pôle et 2 autres l'équateur. Dans chaque zone nous avons une boîte océanique et une atmosphérique. Les interactions entre les boîtes se font comme:
Tous les flux et les dimensions des boîtes sont représentés sur la figure 15.
On modélise la diffusion et l'advection comme:
| (3.1) |
Les dérivées temporelles des différentes variables s'écrivent sous la forme:
Sans glace:
![]() |
(3.2) | ||
![]() |
(3.3) |
Avec glace:
![]() |
(3.4) | ||
![]() |